Comme ces Terres dont on foule le sol,
Et dont on ressent l’abondance latente,
Si seulement on en saisit l’écologie,
Si seulement on en perçoit les forces structurantes.
La richesse qu’on y produit

  • par le travail généreux sans être excessif,
    Persévérant en restant à l’écoute -
    Semble alors éternelle.
    Pourvu qu’on continue à saisir l’évolution
    Des forces calmes qui restent,
    Pourvu qu’on ne succombe pas à l’illusion
    Des mirages agités qui passent.
    Avec entrain,
    Avec modestie,
    En restant vrai.

L’Éther, substance mythique - mythologique?-,
Qu’on a longtemps imaginé remplissant tout le vide de l’Espace -de l’Espèce?-,
Le plein du vide de l’univers,
Le milieu nécessaire de toute la lumière du monde
Jusqu’à ce qu’il soit contesté il y a environ 100 années.

Un mot qui a plu a plus d’un explorateur de la toile.
Plus ou moins commercial.
Plus ou moins romantique.
Plus ou moins utile?
Mais l’éther invisible qui enivre a-t-il vraiment quelquechose à voir
Avec la ‘fibre optique’ des Internets?
En fait non. Sans doute rien.
Car les Internets n’émergent pas des nuages des vendeurs de ‘cloud’
Mais se matérialisent toujours dans les alliages de sable et de métaux rares exploités en des terres hautement stratégiques;
Ils se dissipent au sein de l’accumulation archiviste que le big data tente de visualiser sans pouvoir la figer,
Ils fument dans les fermes à serveurs des nations qui savent travailler la basse température de leurs hivers continus.

Et lorsqu’on ferme les yeux et qu’on écoute l’éther de plus près,
Un saut de ‘h’ en première position, et on retrouve l’ ‘héter’ des
Hétérotopies:
Utopies localisées à la temporalité palpable,
Contre-espaces de déviation
-tout contre les espaces normés qui dominent-,
Des “ek-spaces”
-ces espaces dans l’à côté-.
Qui ne fondent pas sous la chaleur de l’imagination captivée:
Parce qu’on les laboure, Parce qu’on les cultive, Parce qu’on les remodèle, Parce qu’on les mélange, Parce qu’on les bâtit nous-mêmes,
Au gré de l’esprit rebelle qui nous anime
Et nous rend vivant.e.s entre les décombres flottants de la stupéfaction ambiante.
Quand on refuse d’être mus par le mutisme drogué des éthers morbides émis par la décomposition contemporaine, partout perceptible.

Notre hétérotopie?

Une culture propre:
À la fois à côté et (tout) contre,
Au service d’une dignité que l’on veut nourrir par la reconquête du travail qui réalise et qui libère,
Celui par lequel on fait communauté pour transformer les matières avec nos techno-extensions,
Au service de nos vies dignes.

Une économie propre:
Qui s’entremêle sans se nouer autour des technologies centralisatrices et concentrationnaires
Qui veulent soumettre en hypersimplifiant tout, en découpant tout, en noyant l’authentique.
Fondée sur la production distribuée et la diffusion de savoirs libres
Qu’on s’efforce de faire circuler et de transmettre
dans le domaine public,
Dans un vrombissement permanent.
Et ainsi briser les rentes autoritaires et aliénantes.

Une sociabilité propre:
Animée par l’éthique hacker du travail
Qui nous invite à ‘produire pour apprendre plus’
Et non à ‘apprendre pour produire plus’.
Partagée au rythme des langues et des langages qu’on y parle, qu’on y écrit, qu’on y apprend:
Français, espagnol, anglais, chinois, iranien, marocain, espéranto, allemand, gimp, html, css, arduino,R, collage, slam, …
Toujours en gardant à l’esprit,
comme le rappelle nos amis madrilènes -Las Indias Electrónicas**-,
Qu’une langue reste pour nous un outil, un logiciel.
Pas une identité.

Comment en vit-on -concrètement!- de notre hétérotopie?
Tantôt en dedans, tantôt à côté des milieux qui structurent notre époque,
Sans jamais rester trop longtemps de part ou d’autre,
En restant toujours suffisamment de part et d’autre.
Mais en jouant vraiment le jeu, toujours:
“de chacun selon ses capacités*” .
En saisissant les enjeux des technologies dures ou molles
qui nous dé-centrent:
Dans le marché comme dans notre maison.
En prenant toujours comme point de départ
Non pas une gamme réduite de produits ou de services prêts à être vendus à la chaîne
Mais le déploiement de nos savoirs, sans cesse cultivés et sans cesse remodelés,
Pour répondre à des besoins concrets:
Écouter son écosystème,
Communiquer et apprendre en communautés à l’ère des Internets,
Transformer ou (ré)inventer son organisation,
Donner durablement du sens à son travail.
Puis:
Soit nous décidons de vendre le temps de mise en forme de ces savoirs sur le marché,
Qu’elle soit une formation, un accompagnement, un jeu de société,
un rapport, un logiciel libre, un événement, un podcast,
un site web, une histoire contée, une dataviz ou une traduction.
Soit nous décidons d’en faire directement don dans le Domaine Public.
On se répartit ensuite les fruits de notre travail sur le marché “à chacun selon ses besoins**”.
Et pour faire grandir notre communauté égalitaire,
Au sein d’un espace culturel que l’on nourrit et ravive sans cesse,
Dans l’authenticité de nos conversations sans arrêt,
Dans la croissance de nos temps libérés.
Dans l’accueil de nos pairs invités,
Dans l’abondance de nos savoirs cultivés.

Un contre-espace localisé, et après?
Et après, de deux Éthériens, on deviendra trois, puis six, puis on verra,
Et après, il y en a déjà d’autres, ailleurs,
Et après, on se raconte,
Et après, il y en aura pluS,
Et après, on s’unit en fraternités:
Le long d’un archipel d’îles re-belles de dignité et de création
Qui s’étirent en pair-à-pair sur toute la courbure de la mappe-monde.
Et si l’on veut redessiner la carte pour mieux se penser ensemble: on le fait!

Les Éthers Fertiles
Fratrie sans père,
Rêve dans la matière et dans les gestes,
Utopie située sur les cartes connues de tous,
Productions utiles, partagées, racontées.

Les Éthers Fertiles
Épaisseur de l’espace de notre odyssée,
De notre égalitaire liberté,
De notre dignité partagée.

Les Étheriens,


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Les Étherien
Rester en attention,


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:

  • (_) _au sens de logiciel libre ou de licence libre (portée légale)*
  • (_) _http://lasindias.blog
  • (_**) _“à chacun selon ses besoins, de chacun selon ses capacités” est la devise des Icariens d’Étienne Cabet au milieu du 19ème siècle*