“El futuro aquí y ahora” est issu d’un processus où les auteurs ont choisi des textes d’auteurs (Keynes, Marx, Camus…) concernant une pensée précise. Ils ont sélectionné des extraits de différents ouvrages de ces auteurs qui, mis bout à bout, peuvent se lire comme une nouvelle forme de leurs écrits. C’est une forme de collage/remix d’une oeuvre qui permet la synthèse d’une pensée sans en déformer le propos initial.

Texte original intégral : el futuro aqui y ahora
Auteurs : Las Indias Electronicas

Texte extrait de : «Pfade in Utopia. Über Gemeinschaft und deren Verwirklichung» (1950) de Martin Buber.
Titre original de l’extrait remixé : Pequeñas comunidades productivas e igualitarias urbanas

Petites communautés productives et égalitaires urbaines

Cela fait plusieurs décennies que nous avons la sensation de vivre au seuil de la plus grande crise vécue jusqu’à aujourd’hui par le genre humain. Il nous parait toujours plus évident, que même les événements marquants de ces dernières années, peuvent se comprendre comme des signaux de cette crise. La crise ne consiste pas dans le fait que nous faisons face à la substitution d’un système économique et social par un autre qui serait relativement prêt à l’emploi, mais dans le fait que tous les systèmes, anciens ou nouveaux, sont également remis en question.

A l’époque d’une grande crise, il ne suffit pas de regarder rétrospectivement le passé proche pour tendre vers une solution qui résoudrait l’énigme du présent. Une crise d’une telle profondeur ne peut être dépassée en prétendant revenir à un point antérieur du cheminement qui nous a amené jusqu’à elle, mais en essayant d’affronter les problèmes actuels. Mais on pourra uniquement ouvrir de nouvelles voies à condition de savoir où nous voulons arriver.

La structure d’une société est d’autant plus riche qu’elle fait montre d’une richesse et d’une diversité en organismes sociaux et communautaires; on peut dire d’une société qu’elle a une structure riche si elle s’organise autour d’une base de communautés authentiques, c’est-à-dire de communautés de vie et de travail. Si l’on enquête sur la structure d’une telle société, on y trouvera toujours le tissu cellulaire “société”, c’est-à-dire un regroupement pour vivre ensemble, une cohabitation humaine dotée d’une grande autonomie, qui se forme et se réforme de son intérieur. Précisément, par essence, la société ne se compose pas d’individus isolés, mais d’unités communautaires et de leur rassemblement. Cette essence a été progressivement altérée par l’action conjointe de l’économie et de l’État de sorte que le processus moderne d’individualisation a conduit finalement à une forme de désintégration. Les vieilles formes organiques ont continué d’exister en apparence, mais en perdant leur sens et leur âme.

Face à cette désintégration, cet appauvrissement de la société, un changement politique radical, “l’attaque des cieux”, la dérogation à l’État auraient-ils un sens ?

Sur le plan social, une révolution ne crée rien ; elle peut dissoudre, libérer et acquérir, c’est-à-dire consommer et rendre puissant ce qui existe déjà dans la société. Dans l’évolution historique, l’heure de la révolution n’est pas celle de la conception, mais celle de l’accouchement, mais ce dernier n’a de sens que s’il y a effectivement eu conception auparavant.

De plus, qu’est-ce que l’État en réalité? Les êtres humains qui dans un moment déterminé cohabitent dans un espace donné ne sont capables que jusqu’à un certain point de s’unir volontairement de manière adéquate, afin de maintenir volontairement un ordre juste, de gouverner à travers lui sur les sujets communs. Aux moments mêmes où cette capacité-là s’arrête, débute la base de l’État ; en d’autres termes: le degré d’incapacité à organiser un ordre juste volontairement détermine le degré de nécessité de contrainte légale.

Cependant, de fait, la portée de l’État dépasse toujours dans une certaine mesure - et bien souvent de façon trop importante- le niveau qui correspondrait en chacun de ces moments à la nécessité réelle de la contrainte légale. L’écart qui existe à tout moment entre l’État “qui est utile” et celui qui existe réellement, le “sur-État”, s’explique par le fait que le pouvoir accumulé n’abdique pas tant qu’il ne se voit pas obligé de le faire. Il refuse de s’adapter à l’augmentation de capacité pour un ordre volontaire tant que la société n’exerce pas sur lui une pression suffisamment forte. La base rationnelle du pouvoir s’est éteinte, mais le pouvoir ne se réduit pas pour autant de lui-même s’il n’y est pas contraint, et le mécanique domine ainsi l’organique.

Donc, comme dit Landauer, “la tâche que cette situation génère pour ceux qui veulent la restructuration de la société est de faire reculer le champ réel de l’État jusqu’à le faire coïncider avec la limite du raisonnable. Et cela est ce qui arrivera grâce à la création et à la rénovation de la véritable structure organique, à travers l’union des personnes et des familles en communautés diverses. C’est cette croissance et rien d’autre qui détruit l’État en prenant sa place.” Cela signifie que si l’État est une relation qui, en réalité, disparaît seulement en en établissant une autre, alors celui-ci se détruira progressivement à chaque pas vers la nouvelle relation.

L’établissement de la société “à l’extérieur de” et “avec” l’État sera “la découverte de quelque chose qui existe et qui s’est développé”. Il existera alors réellement, en plus l’État, une communauté, “pas une somme d’individus isolés, mais une solidarité organique qui veut s’étendre à partir de groupes divers jusqu’à former une sorte de voûte.” Mais la réalité de la communauté devra se réveiller.

Nous devrons édifier une communauté authentique avec les matériaux de notre moment historique, dénués de romantismes, en vivant dans le présent. La restructuration de la société et de l’économie sera réalisable seulement dans la mesure où la nouvelle communauté, celle qui unit les formes de production et connecte la production avec la consommation, aura un effet restructurant sur la société urbaine qui est devenue amorphe. Cet effet sera seulement et toujours décisif lorsque le développement technique futur facilitera et même exigera des formes distribuées de production industrielle.

La chance du genre humain dépend de la possibilité que la société communautaire renaisse des eaux et de l’esprit de la transformation imminente de la société. Un organisme social communautaire -et seuls ces organismes-là peuvent former une humanité configurée et articulée- ne s’intégrera jamais à partir des individus, mais à partir de petites et de très petites communautés: une société sera communautaire dans la mesure où elle contiendra des communautés productives. Les personnes qui sont productrices sont naturellement plus disposées à s’unir activement avec leurs semblables que l’est le consommateur, et c’est pour cela qu’elles sont plus capables de former ensemble des unités sociales vivantes.

Quand je parle de la renaissance d’une société communautaire, je ne pense pas à une situation mondiale comme celle d’aujourd’hui, mais à une nouvelle situation. Quand je parle des nouvelles communautés -bien que d’aucun les appelle les nouvelles coopératives-, je me réfère aux sujets de l’économie transformée, aux communautés égalitaires qui grandiront en se dotant de leurs propres moyens de production.

Traduction de l’extrait remixé de l’Espagnol au Français par Sophie Saradjian, relue et corrigée par Habib Belaribi