Montpellier,
le 21 février 2018,

En écho aux conversations sur les cartes, visualisations de données, et autres vues, avec: Inès,
David, David, Pablo, Romain,
Pierre, Sophie,
Alfonso, Armelle, Clément, Vincent.

carte de la parole Île de la Parole, Sentimentale Foule

Les mots, les choses, et nous:

“Ce dont je veux parler est très simple, bien que la simplicité elle-même devienne compliquée
lorsque l’on utilise des mots.
Malheureusement la parole est
le seul moyen de communication que nous ayons,
vous et moi.
La communication établie grâce aux mots
n’atteint pas nécessairement l’état de communion.
On peut communiquer à l’aide des ordinateurs [NDLR], des téléphones, de livres, de mots, de gestes,
mais la communion est une chose toute différente.
La communion existe entre nous
quand nous nous trouvons vous et moi,
à la même intensité,
au même niveau,
au même moment:
quand nous ressentons tous les deux ces choses, fortement, vitalement,
à la même profondeur et au même instant.
Alors la communion existe,
et les mots deviennent complètement inutiles et vides.
Cette communion ne peut exister néanmoins sans une compréhension verbale mutuelle.”
-J. Krishnamurti (conférence à Paris, Mai 1965)

Ou encore,
si ceci pour toi sonne trop hip-pie, hop!:
Language is a bitch but...

-Pierre Grangé-Praderas (novembre 2014)

Et enfin,
2 définitions le Dialogue: “est un dispositif de génération de connaissance qui consiste en l’échange d’informations ou de connaissances entre pairs qui partent de la non remise en question d’un groupe pré-déterminé de contextes, de valeurs et de significations. Pratiquement la totalité de l’échange de savoirs scientifiques est dialogue. Le dialogue est la forme de développement de connaissances la plus fréquente au sein des communautés, mais lorsqu’il s’opère entre les pairs de communautés distinctes, il est en général l’imposition de certains contextes, de certaines significations sur d’autres. En ce sens, il s’oppose dans sa nature à la conversation, qui installe l’échange depuis la mise en question des contextes des deux parties. la Conversation: “est un dispositif de génération de connaissance entre pairs qui, au contraire du dialogue, part de la remise en question des contextes des deux parties. Comme le décrivent Vattimo et Zabala: Dans l’échange conversationnel, la vérité ne se présuppose pas, mais elle reste au contraire écartée depuis le début. Si bien qu’une conversation n’est jamais ce que nous avons nous-mêmes proposé de mener, mais une situation au cours de laquelle nous nous voyons immergés au fur et à mesure qu’elle se développe.- traduction en espagnol de l’Indianopedia des madrilènes de Las Indias Electrónicas

*

3 paradigmes, 1 choix éthérien:

Avant de parler de ce qui m’intéresse
côté utilité et enjeux de la datavisualisation,
-data-visions-,
d’abord une vue rapide de 3 paradigmes de communication sociale (1)
qui nous lient.
Des définitions plus détaillées sont visibles par ici
sur notre Lexique Éthérien.

Quand on m’a parlé de Communication ces dernières années,
j’ai en fait souvent entendu blablater Publicité
au travers des mots et des velléités:
“Nous aimerions gagner en visibilité.”
“Combien notre article a-t-il fait de vues?”
“Ah oui, j’ai vu les derniers posts de Madame-Monsieur, c’est fou il dépasse régulièrement la barre des 100 likes, et déjà plus de 5,000 followers en seulement quelques mois!”.
Depuis les hérauts (2) des rois et seigneurs du Moyen-Âge
qui proclamaient au tiers-État ou à l’ennemi
les dernières lois venues d’en haut,
aux bannières youtubuesques
de l’Ère des Internets,
la publicité a fendu et refondue les moules de nouveaux formats
au rythme de l’évolution des medii du blabli.
Avec à chaque fois le même mantra:
lancer le message parfait qui fera un maximum d’impressions (3).
Avec à chaque fois le même objectif:
faire grimper la marque annonceuse dans le top of mind (4) des publics cibles.

Plus récemment,
les Relations Publiques,
discipline née du discours d’Edward Bernays,
neveu de Freud qui a su affirmer sans détours vers 1928,
à l’époque où les élites voulaient encadrer et éduquer les masses,
dans son ouvrage “Propaganda”:
“La propagande est le bras exécutif du gouvernement invisible”,
et même
“le mécanisme par lequel des idées sont disséminées à grande échelle est la propagande, au sens large d’un effort organisé pour répandre une croyance ou une doctrine particulière” à travers les leaders d’opinion installés d’une société.
La méthode diffère de la publicité,
mais sa mesure est proche:
“the good will which it has been able to create in the general public” (“la bonne volonté qu’elle a été capable de générer au sein du grand public”).

photo extraite de la Grande Bouffe de Marco Ferreri Enfin la 3ème voie,
vieille comme le monde des humains, leurs onomatopées, et leurs dîners entre amis:
le Bouche-à-oreille.
C’est cette voie que nous choisissons
d’emprunter, de déblayer, de raffiner.
En dehors des images libidinales répandues par les marques.
Au rythme des conversations authentiques tissées entre des individus tournés les uns vers l’autre. Aux sons des noeuds parlants et des liens conversants qui forment un réseau p2p de production d’histoires vraies. Un réseau complexe de confiance qui se développe dans l’émergence volontaire de contextes communs où l’on est libre ensemble, où l’on internalise, sociabilise, externalise, combine des savoirs collectifs.**

**

Quelles data-visions pour le bouche-à-oreille?

Sur cette 3ème voie,
le sens de la mesure change forcément.
D’ailleurs, y cherche-t-on seulement à mesurer quelquechose?
Ou bien plutôt à voir ensemble les “étincelles de vie dans l’obscurité de l’existence”?

Concrètement,
voici ci-dessous un extrait d’un de nos rapports impliquant de la datavisualisation sur un corpus de contenus informationnels et conversationnels publiques lié aux 5 thèmes abordés au cours d’un cycle de conférence à Lille en Octobre dernier (6).
Dans ce cas particulier, nous voulions:

  • d’une part inviter notre client à écouter ce que les gens se racontent déjà sur ces 5 thèmes, en particulier les niches conversationnelles, les objets de controverse, les postures, et les silences dans la sphère publique;
  • d’autre part encourager le client à inviter des contributeurs-narrateurs aux expériences et discours originaux pour qu’ils participent à des tables rondes et ateliers, ou encore qu’ils co-écrivent des articles personnels remis dans le domaine public au sein d’un livret de contributeurs imprimé pour les participants à l’événement.

Un extrait du rapport par ici.

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Ici,
les graphiques ne nous servent pas à identifier des tendances sur lesquelles surfer,
ni des archétypes de consommateurs auxquels s’identifier - voir Comment nous passer de la personnalisation? par Internet-Actu- .
Nous les appréhendons plutôt comme des vues utiles, des photographies “parlantes”,
qui nous aident à répondre à des questions comme:
Pourquoi a-t-on beaucoup parlé de ceci ou de cela à tel moment? Et pourquoi en a-t-on moins ou pas du tout parlé à tel autre moment?
Qui parle?
Qui a parlé de quoi et comment en ont-ils parlé?
Les contenus sont-ils conversationnels, informationnels, polémiques, commerciaux?
Les contenus sont-ils produits par des marques et des leaders d’opinion (7), ou bien par des individus qui parlent avec d’autres pairs de ce qu’ils font, de ce quils voient?
Quels sont les individus qui aiment le plus écrire et publier, et que nous disent les conversations qu’ils lancent avec leur(s) communauté(s)?
Et si on contactait directement ces contributeurs-narrateurs qui nourrisent des communs, afin de les inviter à produire de jolies choses avec nous au cours d’une première rencontre dans les prochaines semaines?

Un autre exemple de datavisualisation,
sur carte géographique et en impression 3D,
qui m’a paru parlante pour voir les contributions ou encore les disruptions invisibles des personnes appartenant à un groupe d’intérêt,
en l’occurence ici celui des hôtes airbnbistes de San Sebastien:

Répartition des prix Airbnb à San Sébastien

Une visualisation AirBnB pour impression 3D

Et par ici la recette pour produire de tels graphiques.

Aujourd’hui, - chez les Éthers Fertiles - nous voulons voir plus loin dans l’invisible qui nous lie. Et plus précisément, je me demande:
comment métamorphoser le sentiment de solitude aquoibonniste en action collective qui donne envie de continuer à servir ses pairs, à créer et produire avec eux?
En effet,
je vois souvent comment tous les bâtisseurs de nouveaux contextes qui se regroupent et veulent avancer libres ensemble, se retrouvent tôt ou tard décentrés, dans le vertige d’une sorte de fossé invisible:
celui qui sépare la terre ferme de la communauté réelle des pairs dont on connait les peurs, les besoins et les rêves,
aux terrains éthérés de la communauté imaginaire de ceux dont on ne connait ni le visage ni les noms, mais qui pourtant “sont officiellement des membres de la communauté [imaginaire]”.
“Nous sommes passés de 6 à 70 collaborateurs et de 1 ville à 8 villes en 1 an!… Et nous n’avons plus de vision commune” .
“Quand je parle des collaborateurs internationaux de notre entreprise à ceux que je vois chaque jour dans nos bureaux, ils me reprochent de trop prendre en compte ces autres qui travaillent d’ailleurs. Et quand je retrouve les autres chez eux, ils me disent que je parle trop depuis le point de vue francais…!” “L’esprit n’est plus le même maintenant qu’on est beaucoup par rapport aux débuts de l’association, où l’on se connaissait tous assez bien.”
Des paroles diverses, mais des ressentis proches?

De fait,
la vision de faire partie d’îlots de fraternité transnationaux,
reliés au sein d’un archipel de production en pair-à-pair
nous parait belle et apaisante.
C’est pourquoi je vais retrouver ces jours-ci à Lyon mon ami Clément, afin de tenter de dessiner de nouvelles images qui nous aident
à nous voir ensemble au quotidien,
à tisser la confiance avec ces pairs dont on ne peut pas voir le visage chaque jour parce qu’ils sont loin, à avoir envie de se raconter et ainsi nourrir les contextes communs qui peuvent faire émerger des productions collectives. Notamment au moyen de l’outil libre et opensource qu’il a créé: Topogram . -voir tutoriel d’installation sur mon fed.wiki par ici-.

Topogram.io

Vous tenant au jus
des éventuelles belles vues,

Habsinn - (pour poursuivre la conversation, c’est par ici: habib.belaribi@aquilenet.fr :-)

(1) Lexique éthérien: Communication//sociale: Processus de création d’une vision partagée et de contextes communs à travers nos langages (mots, images ou gestes)// Qui se déroule au sein d’un réseau d’êtres humains.

(2) (3) (4) (5) (7): voyez l’article de Sophie

(6) dans le cadre du World Forum for a Responsible Economy à Lille, les 5 thèmes étant: chocs technologiques, nouveaux modèles entrepreneuriaux, changements géopolitiques, savoirs et compétences, biens communs. Rapport produit au sein de la Social Media Squad, avec Romain, collaborateur et ami.